Anticyclones Mobiles Polaires
Par Errol VELA

Nous avons reçu d'un internaute, Errol VELA, le texte suivant, qui est publié ici dans son intégralité. Nous sommes honorés que ce correspondant ait pris le temps de rédiger un courrier aussi complet et compte tenu de l'intérêt qu'il présente, nous lui consacrons une page entière avec grand plaisir.

Tout d'abord bravo (et merci) d'avoir réalisé un petit site Internet bien sympathique, et qui parle des belles choses de notre "pays" (à prendre au sens provençal du mot, c'est à dire la région, le coin, voire le village, ici Marseille...).
Je suis au même titre que vous et ceux qui consultent le site, simple amateur mais grand passionné de météo (à prendre au sens large, climato incluse...).
J'ai donc ma graine à apporter concernant la signification du mistral et son fonctionnement, ça fera peut-être avancer le schmilblick. En gros, d'accord avec vos explications météorologiques, qui sont cependant "classiques". Je m'explique : il existe une nouvelle école en matière de météo, qui ne remplace pas vraiment la première, mais qui vient améliorer les théories anciennes, et il est bon donc de connaître les deux.

Il s'agit de la théorie des ANTICYCLONES MOBILES POLAIRES (notés A.M.P.). Peut-être vous connaissez, mais comme vous n'en parlez pas, en voici un petit résumé de ce que j'ai pu en retenir (c'est pas garanti que ce soit parfaitement juste !) : Dans cette théorie, on oublie les "fronts froids", les "fronts chauds", et surtout les "dépressions" en tant qu'objets à identité réelle.
Commençons par le commencement : les AMP.
Ce sont des langues d'air froid glissant vers les latitudes plus faibles lorsqu'une "goutte" déborde depuis les régions polaires. D'où leur nom. Leur mouvement est déclenché et dirigé par les propriétés physiques de l'air (qui est plus lourd quand il est froid...).
En fin de course, il provoque des AGGLUTINATIONS ANTICYCLONIQUES (notées A.A.), qui correspondent en fait à nos bons vieux anticyclones tropicaux (dont les Acores...). Entre les deux, ils voyagent donc, en étant généralement limités à une couche inférieure de l'atmosphère, de 0 à 1000 m grosso-modo.
Ils ont donc du mal à franchir les montagnes, qu'ils contourneront par les seuils géographiques qu'ils trouveront sur leur passage (point intéressant expliqué par cette théorie et assez mal par la théorie classique, cf. infra). Lors de sa descente pépère, l'AMP va donc bousculer l'air chaud qui le précède en le forçant à avancer et puis à se soulever (front chaud et front froid).

Au passage de cette dynamique la pression de l¹atmosphère se dilate (dépression). A l'approche d'un continent, si un obstacle infranchissable (montagnes) apparaît, l'AMP va chercher à contourner l'obstacle ou le franchir en certains points ou à défaut il sera forcé de le surmonter ce qui lui demande un effort considérable (et qui surtout implique des conséquences très particulières, cf. infra).
- 1) s'il le contourne, cela va mettre en position d'abri la région située de l¹autre côté de la montagne qui n'est donc pas arrosée par la perturbation induite (effet de foehn).
- 2) s'il le franchit en un seuil géographique sa force et sa vitesse vont s¹accroître en ces points (seuil de Carcassonne et vallée du Rhône).
- 3) s'il est contraint de passer par-dessus, il provoque instantanément une "goutte froide" en altitude de l'autre côté de la montagne, et une forte instabilité orageuse se produit dans les heures qui suivent : cela arrive parfois sur la Cote d'Azur et la Ligurie par exemple pendant qu'un petit mistral gentillet fait briller le soleil a l'ouest, et c'est en cela que cette théorie à un avantage sur l'ancienne.

Y en a d'autre, mais c'est l'exemple le plus frappant que j'ai retenu et qui nous concerne.
Pour plus de détail j'ai un livre récent qui explique tout ca, et aussi quelques articles scientifiques parus dans le bulletin de l'association internationale de climatologie. Je les ai pas sous la main, mais je pourrais vous donner les références si nécessaire.

A propos du mistral qui "balaye les nuages" justement. Je trouve cette expression populaire très explicite et de surcroît fréquemment justifiée.
Mais comme toute règle, elle est caractérisée par des exceptions !
Certains parlent de "mistral noir", j'aime bien aussi ce terme, qui malheureusement s'oppose à "mistral blanc" qui, lui, porte plus à confusion : je le verrais mieux appliqué à l'emploi du mistral noir qui apporte la neige en hiver... Mais peu importe.
Le mistral, il ne faut pas l'oublier; est souvent appelé vent "catabatique", c'est à dire vent descendant.
En effet, lorsqu'il passe la vallée du Rhône ou de l'Aude, il s'accélère dans un couloir resserré, puis arrive à la sortie et s'élargit et du même coup s'affaisse. Il y a donc compression ce qui donne des propriétés anticycloniques à l'air qui s'assèche.
Et lorsqu'il passe par-dessus de petites montagnes comme les Cévennes, les Corbières ou les Alpes du Sud, il peut aussi provoquer un effet de foehn. Les deux phénomènes plus ou moins mélangés, aboutissent à la situation fréquente d'un midi méditerranéen parfaitement dégagé associé au reste du pays encore plongé en plein dans la grisaille.
Cette situation pouvant se maintenir toute une journée avant que le temps clair se généralise. Ce cas fréquent ne permet pas à mon avis de réfuter l'idée que le mistral "balaye les nuages" ou "assèche l'air" en ramenant tout simplement de l'air plus sec venu d'ailleurs, puisque ailleurs justement (là d'où vient le vent en tout cas) il ne fait pas beau du tout pour encore un certain temps ! Je pense que cet élément est important à considérer, et on peut d'ailleurs en observer des vérifications partielles régulièrement, surtout si l'on voyage dans la même journée en région méditerranéenne et non méditerranéenne.

Bref, dites moi ce que vous en pensez, et bonne vie a MISTRAOU !!

A bientôt sur le World Wide Wind, Errol VELA

Merci pour cette longue participation, dont la pertinence n'échappera pas aux "amateurs" de météorologie.
Sans aucune honte, nous vous répondons que c'est la première fois que nous entendons parler de la théorie des Anticyclones Mobiles Polaires. Nous serions heureux que vous nous apportiez, si vous en avez, de nouvelles précisions sur ce sujet. En ce qui concerne votre avis sur le "mistral qui balaie les nuages", nous sommes bien entendu d'accord avec vous : vous dites la même chose que nous, mais vous le dites encore mieux. A bientôt.


Anticyclones Mobiles Polaires ?
Je retourne à l'école ?

Moi non plus, je ne connais pas les AMP.
J'ai connu l'ANPE et ses dépressions. Depuis je cherche les anticyclones.
J'ai appris à négocier les dépressions, voire les cyclones (cf. SHOM 1-2-3).
Si maintenant il faut que je retourne à l'école pour les AMP, je sens que l'été prochain je vais rester à terre. Car moi, je ne suis pas marin, je suis navigateur moi Monsieur !!! Çà doit être encore une connerie des Bretons pour emmerder les Marseillais.
Jje vois que ça.... En plus ça à l'air vachement vicieux cette connerie, figure-toi que ça franchi les seuils géographiques. Cela voudrait-il dire que même tranquille dans les calanques tu peux te faire avoir ? Déjà que je ne vais pas loin, si maintenant faut que je reste dans la rade... Oh ! C’est pas des conneries... c'est l'air froid polaire. De toute façon, moi, j'en veux pas de cette chose. Hé ! y serait pas parisien cet Errol?
Allez l'OM
Fred


Anticyclones Mobiles Polaires ? Bonjour messieurs ...
Par Gérard (de Paris) 

Bonjour messieurs, Je me félicite à chaque fois que je décide de surfer un peu sur votre site, car en plus de la convivialité qui y règne (çà, c'est pas seulement votre mérite, quoi qu'il est grand, c'est aussi celui de vos correspondants, qui s'y impliquent fortement), on apprends des choses surprenantes.
Je ne suis pas un spécialiste des phénomènes météorologiques. Loin de là. Mais comme tout un chacun, né auprès de la Grande Bleue, je suis plaisancier depuis toujours...
Le nombre de bulletins météo écoutés en VHF, l'oreille collée au mauvais haut-parleur de mon bateau, ou celui diffusé par France Inter le soir vers 20h, finit par vous donner une idée assez précise de ce qui se passe, de ce qui va se passer, ou de la m... dans laquelle vous vous êtes mis !
Et tout cela, qu'on le veuille ou non, c'est "pédagogique". Pédagogique est aussi l'intervention d'Errol Vela sur votre site. On croirait vraiment lire quelque chose de Hubert Rives... le maître des étoiles ...
J'avoue, avec vous, que l'on me parle là d'une théorie des "ANTICYCLONES MOBILES POLAIRES" qui m'était inconnue jusqu'alors...
Mais avec quelles précisions, et quel réalisme ! " ...ils ont du mal à franchir les montagnes..." " ...lors de sa descente pépère ..." " ... s'il est contraint de passer par dessus ..." "... il s'accélère dans un couloir resserré, puis arrive à la sortie et s'élargit..."
C'est presque du Pagnol ! Mais c'est joli, et on adhère à 100% !

Vraiment, vive le WEB, qui permet ces échanges, et vive MISTRAOU (oui, à mon tour, je le dis) qui les véhicule !
J'aimerais vous poser une question qui est un peu le ? de ma vie de navigateur : J'ai eu souvent l'occasion de naviguer à la voile en Méditerranée. Que cela soit près des cotes de la Corse (le "couloir" de Bonifaccio est connu), que cela soit dans les calmes redoutables de la baie de Nice, que cela soit aussi sur le "chemin" des Baléares, je n'ai jamais trouvé une "frontière" aussi nette et précise d'un changement de temps et de vent, qu'aux abords du Cap Sicié, près de la rade d'Hyères. Je comprends bien qu'à un certain moment, compte tenu d'un certain nombre d'éléments géographiques, et géo-météorologiques, la "tendance" peut (doit ?) s'inverser. L'on naviguait jusque là plein vent arrière, et tout à coup, empennage, et l'on se retrouve au près ! Tous les marseillais qui ont un "nègue-chien" connaissent cela.
Certains s'en méfient, et ils font bien ! Car, une brise 4 de vent arrière, avec maillots de bain sur le pont, se transforme en 10 secondes en un vent de 6 qu'il faut maîtriser au près, cirés à l'appui ... Que ce passe-t-il donc, dans les montagnes et vallées du pays de Toulon, pour justifier un si brusque changement ?
Je serais heureux de lire les témoignages de ceux qui, sur votre site, donneront le conseil de "passer au large", pour éviter les remous des vagues frappant sur les "deux frères" du Cap Sicié, de ceux qui assureront qu'il vaut mieux "en découdre durement, mais moins longtemps", de ceux qui, comme il l'est dit quelque part, préféreront rester au bistro (qui trop écoute la météo, perd ses forces au bistro) pendant ces changements de temps... Pour ma part, j'ai eu l'occasion maintes fois d'étudier "sur place" le phénomène: c'est à chaque fois le même diagnostic; mieux vaut se trouver ailleurs au changement de temps, et éviter ce Cap Sicié de malheur...(allusion aux naufrages dont il a été témoin par le passé...) Bon, maintenant, avec les bateaux modernes, ... Je ne vous ai pas dit, je crois, que j'avais la cinquantaine ! Le problème est donc déjà peut-être résolu techniquement. N'empêche, je me souviens de navigations ....

Voilà. Espérant apporter une réflexion supplémentaire aux internautes qui vous contacteront, et me répondront peut-être par votre intermédiaire, je vous remercie, vous souhaite bon vent sur Mistraou, et vous assure de mon surf périodique.

Gérard de Paris
(pas de naissance, vous l'avez compris: un jour, "je retournerai...")


METEO-FRANCE

Bonjour,

Pour répondre à votre question, je peux vous indiquer que Météo-France n'apporte aucune caution à la théorie des anticyclones polaires mobiles. N'étant pas un spécialiste du domaine, je ne peux malheureusement pas vous donner plus d'informations.

Sincères salutations

N. Raynal Norbert RAYNAL Responsable communication du centre de recherche de Météo-France
METEO-FRANCE CNRM/AGT
42 avenue G. Coriolis 31057
Toulouse Cedex 1 Tel : 05.61.07.93.63 Fax : 05.61.07.96.00
norbert.raynal@meteo.fr
http://www.cnrm.meteo.fr/
Les positions exprimées ci-dessus n'engagent que leur auteur et en aucune façon Météo-France.


Anticyclones Mobiles Polaires Suite...

La revue Science & Vie publie dans son numéro de mai 99 un article consacré aux Anticyclones Mobiles Polaires.
Nous regrettons que les lois sur les droits d'auteur nous interdisent de le reproduire ici.
A sa lecture, on comprend que cette théorie novatrice ne fait pas l'unanimité chez les scientifiques.
Le rédacteur de l'article va même jusqu'à écrire : "...Marcel Leroux [est-il] un nouveau Wegener (le père - incompris - de la dérive des continents) ou un nouveau Benveniste (l'homme dont l'eau "se souvient")? (...)"
Le chercheur lyonnais Marcel Leroux, à l'origine de cette théorie, a publié (Masson, éditeur) un livre, La Dynamique du temps et du climat, dont nous conseillons bien entendu la lecture à ceux qui veulent en savoir plus.
Vous pouvez commander cet ouvrage directement sur Internet en cliquant ici.


Anticyclones Mobiles Polaires
Le grain de sel de Guilhem

Je tiens à ajouter mon grain de sable à la discussion sur les AMP.
Je suis étudiant de M. Leroux à l'université de LYON III.

Sur la question posée par Science et Vie (M. Leroux est-il un nouveau Wegener ?), je ne me prononcerais pas, vous devinez mon opinion et elle n'a que peu d'importance.
J'ajoute au débat que M. Leroux est publié aux Etats-Unis où son ouvrage, La dynamique du temps et du climat (édité par Masson en France voir page sur Science et vie) rencontre un grand succès.
Ce succès signifie que cette nouvelle théorie, mise au point par une équipe française, a toute les chances à l'avenir d'être récupérée par les laboratoires américains.
La France, une fois encore va être distancée alors qu'elle avait toutes les cartes en main pour la développer. Météo-France est en grande partie à l'origine de ce blocage.
Elle a refusé toute discussion théorique. Cependant, les scientifiques de Météo-France ont recours à certaines parties développées dans la théorie de M. Leroux sans citer les sources.

Voici pour les éléments de la polémique. Pour ceux que la théorie sur les AMP intéresse, vous pouvez vous procurer le livre de M. Leroux, ou bien nous écrire à :
Université Jean Moulin Lyon III
Laboratoire de Climatologie Risque et Environnement
CNRS UMR 5600
18, Rue Chevreul 69007 LYON

Ce site est à ma connaissance le premier où un débat et une véritable discussion peuvent s'engager avec les tenants de la théorie classique. Les débats d'idées sont un élément nécessaire de toute construction scientifique. Le silence de Météo-France est donc inquiétant à ce sujet.
Toute l'équipe vous adresse ses vifs remerciements.
Guilhem T. de Lyon, actuellement en DEA sur le climat de l'Afrique austral.

Notre (très) modeste site d'amateur sur le mistral s'enrichit avec la participation de scientifiques, de chercheurs professionnels ou non, et c'est nous qui vous remercions vivement d'avoir pris le temps d'écrire cette contribution au débat sur les A.M.P. Nous n'avons pas compétence pour juger de la pertinence de la théorie de Monsieur Leroux, mais nous sommes honorés, si comme vous l'écrivez "Les débats d'idées sont un élément nécessaire de toute construction scientifique", que ce site soit un support à ces échanges d'idées.


Anticyclones Mobiles Polaires & Météo-France

Félicitations pour votre site (...).

J’ai lu l’article de la revue Sciences et vie dont vous parlez dans une de vos pages consacrée aux anticyclones mobiles polaires, et j’ai été heureux de trouver la lettre de M. VELLA sur votre site.
Bien qu’ayant moi-même suivi une formation à la météorologie (je suis capitaine de la marine marchande), je ne suis pas un spécialiste. Par contre, je suis confronté au quotidien aux phénomènes météorologiques et à leurs prévisions.Je ne prendrai pas parti, donc, n’étant pas un chercheur ni un spécialiste en ce domaine. Par contre, il me semble que le débat a beaucoup d’intérêt.
Il me semble en effet que toute nouvelle théorie dans ce domaine doit être considérée avec une grande attention, et l’attitude de Météo-France m’est incompréhensible.
M. Leroux a peut-être raison, peut-être pas, mais il est, lui, qualifié pour le sujet, c’est son métier !

Si l’on considère les moyens mis en œuvre et les résultats obtenus, on peut dire sans risque d’erreur que la météorologie est actuellement la science qui présente le rapport moyens/résultats le plus médiocre qui soit.
Que trouve-t-on ?
D’un côté des super-calculateurs, les ordinateurs les plus puissants du monde, des moyens d’acquisition d’information innombrables (bouées, radars, satellites, stations au sol, …) et de l’autre côté, des prévisions souvent approximatives, parfois complètement fausses, qui font des services compétents la risée des « utilisateurs » avisés.Aujourd’hui, lassé et peut-être blasé, j’ai appris à ne plus faire confiance aux prévisions de Météo-France.

Lorsque j’étais plus jeune commandant, sur la ligne Continent-Corse, j’envoyais à peu près une lettre de protestation pas semaine à Météo-France !
Donc, dans ces conditions, on peut supposer sans être spécialiste que tout n’est pas parfait dans les raisonnement des prévisionnistes. Est-ce que les modèles utilisés sont faux ? Est-on incapable d’intégrer tous les paramètres ? Je n’en sais rien, mais puisque un chercheur propose une nouvelle approche, il me semble que la moindre des choses serait d’étudier avec la meilleure attention sa théorie.